Qigong · Arts internes · Médecine chinoise
Le Tiangan Neigong
Réveiller l’axe vivant du corps
Dans les arts internes chinois, certaines méthodes ne cherchent pas simplement à « bouger le corps ». Elles cherchent à l’organiser, à l’ouvrir de l’intérieur, à faire circuler la force à travers une structure plus fine que la force musculaire habituelle. Le Tiangan Neigong fait partie de ces pratiques.
Issu de l’entraînement du Bagua Zhang (八卦掌), un art martial interne reconnu pour ses déplacements circulaires, ses changements de direction et sa puissance spiralée, le Tiangan Neigong développe une qualité très particulière : la capacité de bouger à partir de l’axe central du corps, en reliant les jambes, le bassin, la colonne vertébrale, les côtes, les bras et l’intention dans un seul mouvement vivant.
C’est pour cette raison que cette méthode occupe une place importante dans la formation en massage Tuina, notamment dans le niveau 3 consacré au protocole des membres inférieurs, tel qu’enseigné par Frank Butler et Tom Bisio. Pour un praticien, il ne s’agit pas seulement d’apprendre des techniques manuelles. Il faut aussi apprendre à utiliser son propre corps de manière intégrée, fluide et puissante, afin d’exécuter des manœuvres plus complexes sans forcer, sans se crisper, et sans travailler uniquement avec les bras.
Le Tiangan Neigong devient alors un pont entre trois mondes.
Le Qigong
La culture du souffle et de la conscience corporelle.
Les arts martiaux internes
La force spiralée, enracinée et unifiée.
La pratique clinique du Tuina
Le geste juste, efficace et durable.
L’origine du nomTiangan : l’axe céleste au cœur du corps
Les caractères 天干 — Tiān Gān sont généralement traduits par « troncs célestes ». Dans la culture chinoise classique, les dix troncs célestes sont employés avec les douze rameaux terrestres, ou Dì Zhī (地支), pour former le cycle sexagésimal des 60 Jia Zi. Ce système traditionnel sert à désigner les années, les mois, les jours, les heures, mais aussi certaines directions, qualités énergétiques et correspondances cosmologiques.
Dans les pratiques énergétiques chinoises et la méditation taoïste, le terme renvoie à l’axe — le « tronc céleste » — qui traverse le corps et inclut la colonne vertébrale, la moelle, ainsi que les grands vaisseaux énergétiques associés au canal central. On parle plus précisément des vaisseaux Du Mai, Ren Mai, Chong Mai et Dai Mai, quatre des huit merveilleux vaisseaux qui participent à l’organisation profonde de l’énergie dans le corps.
Le réseau profondLes merveilleux vaisseaux et la circulation du Qi
En médecine chinoise, les huit merveilleux vaisseaux forment une trame profonde. Ils ne sont pas seulement des « méridiens » au sens classique : ils agissent plutôt comme des réservoirs, des régulateurs, des axes d’organisation de l’énergie. Dans le Tiangan Neigong, quatre vaisseaux sont particulièrement importants.
| Vaisseau | Image fonctionnelle dans la pratique |
|---|---|
| Du Mai督脈 · Gouverneur | Monte le long de la colonne, nourrit l’axe yang, la moelle, le dos, le cerveau et la verticalité. |
| Ren Mai任脈 · Conception | Redescend à l’avant du corps, régule le yin, la respiration profonde, l’accueil et le relâchement. |
| Chong Mai衝脈 · Pénétrant | Traverse le centre du corps, relie profondeur, sang, essence et mouvement interne. |
| Dai Mai帶脈 · Ceinture | Entoure la taille, stabilise les rotations, relie le haut et le bas, l’avant et l’arrière. |
On peut imaginer le Tiangan comme un arbre intérieur. Les pieds s’enracinent dans la terre, le sommet de la tête s’élève vers le ciel, et la colonne devient le tronc souple par lequel la respiration, l’intention et le Qi peuvent monter, descendre, s’enrouler et se déployer.
Ce n’est donc pas une simple gymnastique de rotation. Le Tiangan Neigong cherche à essorer doucement la colonne, à mobiliser les tissus profonds, à libérer les restrictions autour de la cage thoracique, du bassin, des lombaires et des épaules. Les bras bougent, mais ils ne commandent pas : ils sont portés par les jambes, le bassin, la taille et l’axe vertébral.
L’axe et ses portesLa colonne, les points Shu et les Hua Tuo Jiaji
La colonne vertébrale occupe une place centrale en médecine chinoise. Elle n’est pas seulement une structure osseuse : elle est un axe de circulation, de régulation et de vitalité.
De chaque côté de la colonne, on retrouve les points Shu du dos (背俞), situés sur le méridien de la Vessie. Ces points sont associés aux organes internes et sont souvent utilisés en acupuncture, en Tuina et en Qigong médical pour observer ou soutenir l’état énergétique des Zang-Fu.
Plus près encore de la colonne, les points Hua Tuo Jiaji (華佗夾脊) sont situés de part et d’autre des vertèbres. Ils sont fréquemment utilisés pour agir sur les tensions paravertébrales, les douleurs locales, la mobilité du dos et certaines régulations segmentaires. Ce sont aussi des points privilégiés pour accéder à l’énergie des organes.
En mobilisant la colonne par des mouvements de spirale, de torsion, d’ouverture et de relâchement, le Tiangan Neigong stimule naturellement ces zones. Il aide à redonner de la vie au dos, à libérer les tissus profonds et à rendre la colonne plus disponible.
La racine martialeUne pratique issue du Bagua Zhang
Le Bagua Zhang est un art du cercle, du changement, de la spirale. Contrairement aux mouvements linéaires plus directs, le Bagua développe une force qui tourne, enveloppe, perce, coupe, roule et transforme. Le Tiangan Neigong prépare précisément ce type de corps.
Les exercices développent ce que les arts internes appellent parfois la puissance spiralée ou la force de torsion. On y retrouve des actions comme percer, couper, fendre, tirer, couvrir, presser, rouler, tordre, enrouler. Ces actions appartiennent au vocabulaire martial, mais leur valeur dépasse largement le combat. Ce sont aussi des principes fondamentaux du mouvement humain : atteindre, tirer, transférer le poids, tourner, absorber, pousser, guider.





Selon le regard que l’on porte sur elle, cette qualité de mouvement prend trois visages.
En cliniquePourquoi cette méthode est utile en massage Tuina
Dans la formation en massage Tuina, surtout lorsqu’on aborde les protocoles des membres inférieurs et certaines techniques de Zheng Gu, le praticien doit souvent mobiliser, tracter, presser, soutenir, tourner ou accompagner une structure chez le receveur.
S’il travaille seulement avec ses bras, il se fatigue rapidement : ses épaules montent, son dos se crispe, ses gestes deviennent mécaniques. Le Tiangan Neigong entraîne exactement l’inverse — les bras deviennent le prolongement d’un mouvement plus grand.
C’est pourquoi cette méthode s’intègre au cœur de la formation en massage Tuina. Elle permet aux étudiants de développer un véritable corps de praticien : stable, disponible, puissant sans dureté, enraciné sans lourdeur. Lorsqu’on doit mobiliser une jambe, accompagner une hanche, créer une traction ou utiliser une rotation subtile, le praticien sent comment son propre axe répond. Le soin devient alors moins une action imposée au corps de l’autre qu’un dialogue, mécanique et énergétique, entre deux structures vivantes.
Les bienfaitsCe que développe le Tiangan Neigong
| Dimension | Effet recherché |
|---|---|
| Corps physique | Mobilité de la colonne, assouplissement des côtes, relâchement des épaules, meilleure coordination globale. |
| Énergie interne | Circulation plus fluide dans l’axe Du / Ren, meilleure sensation du Dantian, relâchement des blocages. |
| Pratique clinique | Gestes plus efficaces, moins d’effort musculaire, meilleure utilisation du poids du corps. |
| Arts internes | Développement de la puissance spiralée, des rotations, de l’enracinement et de la force unifiée. |
| Esprit | Attention plus stable, présence corporelle, sensation d’unité entre intention, souffle et mouvement. |
Le Tiangan Neigong est donc à la fois simple et profond. Simple, parce que les mouvements sont accessibles. Profond, parce qu’ils révèlent progressivement la manière dont le corps entier peut s’organiser autour de son axe central.
Pour commencerUne invitation à pratiquer
Le Tiangan Neigong n’est pas une méthode spectaculaire. Sa richesse se découvre dans la répétition, dans les détails, dans la sensation que les bras cessent de bouger seuls, que la colonne devient plus souple, que les côtes respirent mieux, que le bassin et les jambes soutiennent réellement chaque geste.
C’est une pratique précieuse pour les étudiants en Tuina, pour les enseignants de Qigong, pour les pratiquants d’arts martiaux internes, mais aussi pour toute personne qui souhaite retrouver une relation plus vivante avec sa colonne vertébrale. Vous pouvez la découvrir dès aujourd’hui dans notre cours en ligne Tiangan Neigong.
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Atelier invité
Spirales et rotations
Une rencontre avec M. Henri Tsiang autour des spirales naturelles du corps et de la naissance de la force interne (neijin).
Auteur de Descartes au Pays du Qigong.
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